Sur la route

24 heures

C’est exactement le temps qu’il nous a fallu entre la New Siam 2 et la maison. Inutile de dire que les heures de sommeil ont été rares… Le passage à Roissy a été l’occasion de ne pas perdre notre temps, puisque nous avons aidé un jeune femme chinoise qui venait de rater son TGV pour Rennes. Désespérée, elle était prête à prendre un vol retour, tout ça parce que rien ni personne n’explique quoi faire, et que nul personnel de la SNCF ne peut ou ne veut accompagner les étrangers totalement dépassés au bon endroit… J’avoue que comme premier contact avec notre merveilleux pays civilisé, c’est un peu raide. Et sans vouloir dresser un panégyrique de la Thaïlande, je me rends compte combien il y est paradoxalement facile de s’y déplacer. Quelque que soit l’endroit, il y a toujours quelqu’un, officiel ou non, pour aider le pauvre voyageur en détresse. C’est un peu ce que nous avons fait à Roissy aujourd’hui. J’espère que cette demoiselle passera un bon séjour à Rennes et si c’est le  cas, j’espère qu’elle pensera un peu (mais pas trop !) aux deux farangs décalqués qui ont l’espace d’une heure ravivé un certain esprit chevaleresque…

Quant à nous, c’est Patrick qui a été notre chevalier, en nous faisant le grand plaisir de venir nous chercher à Saint-Charles. Le voyage, ainsi, se termine sur un note joyeuse, avec dans la tête plein de choses à raconter et de projets pour le prochain périple ! 

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Thaïlande

Au bord de l’eau

Le calme n’est pas vraiment ce que l’on s’attend à trouver à Bangkok. Bruissante, bruyante, populeuse, frénétique et la plupart du temps congestionnée par d’interminables embouteillages (un dicton local dit, je le rappelle : mai lot ti, mai pokati, soit « pas de bouchon, pas normal »), il semble difficile d’y trouver un peu de quiétude. Même le Chao Praya, ce ruban d’ocre jaune qui coupe la ville en deux, est perpétuellement sillonné par d’innombrables bateaux, du petit long-tail au convoi de barge, en passant par les bateaux bus et les ferrys allant incessamment d’une rive à l’autre.

Et c’est justement sur l’autre rive que se trouve, perdu dans le lacis de ruelles de Thonburi, éphémère capitale du Siam avant l’avènement de Krung Thep, un lieu d’une quiétude inhabituelle, Baan Silapin, la Maison des Artistes. Toute en bois, la demeure est réputée dater de plus de deux cents ans, du temps donc où Bangkok n’existait pas encore. Elle se love autour d’un vieux chedi décrépit, bordée par un khlong peuplé d’énormes et inquiétants poissons. Menacée de destruction, elle a été acheté par Chumpol Akkapantanon, peintre dont j’avais apprécié l’an dernier l’exposition  « Haïku Tarot » au BACC. De fil en aiguille, le lieu est devenu un véritable centre d’art, désormais réputé pour son théâtre de marionnettes traditionnelles. Et quand bien même les long-tail chargés de touristes qui sillonnent les khlongs de Thonburi ne s’y arrêtent pas, Baan Silapin attire les amateurs mais aussi d’autres artistes installés à proximité.

Contrairement à ce que disent de nombreux sites, y venir est plutôt simple : il suffit de montrer le nom à un chauffeur de taxi, pour que quelques échanges de Googlemaps plus tard, il franchisse le Chao Praya, puis vous dépose directement dans un extraordinaire vieux temple tout proche de Baan Silapin. C’est alors un plaisir que de se perdre un peu puis de siroter un café au côté de l’homme rouge, personnage emblématique des lieux.

Et quand il est temps de repartir, se promener dans les ruelles paisibles qui longent le khlong de Bangkok Yai offre une vision de ce que devait être Bangkok avant que ne pousse sa formidable skyline, avant que la modernité n’en fasse la mégapole fascinante d’aujourd’hui.

Thaïlande

Palais royal et stupa géant 

Quelle joie de retrouver Vivat, Noon et Mingalou, qui a bien grandi depuis l’an passé ! Ils sont venus nous chercher à l’hôtel ce matin pour une de ces virées dont ils ont le secret, genre rendez-vous en terre inconnue, avec comme idée de départ qu’eux même ne sont jamais allés dans l’endroit choisi. Cette fois-ci, c’est Nakhon Phatom que nous découvrirons ensemble, une petite ville à l’ouest de Bangkok, célèbre pour abriter une des plus belles résidences royales et le plus haut stupa du monde.

Et il est tout à fait vrai que le Sanam Chan, qui abrite non un mais trois palais, est un petit bijou d’architecture. Une maison de style traditionnel en bois, un édifice en deux parties reliées par une élégante galerie au-dessus d’un étang et le palais royal, dont la magnifique sobriété fait oublier qu’il est précisément un palais royal. L’ensemble est l’œuvre de Phrabat Somdej Phra Mongkut Klao Chaoyuhua, dit Vajiravudh, plus connu sous le nom de Rama VI, monarque artiste et réformateur à qui la Thaïlande doit beaucoup.

Dans un tout autre style, le Phra Phatom Chedi vaut tout autant le déplacement. Il d’ailleurs impossible de ne pas le voir ! 127 mètres de briques vernissées de jaune d’or, on dit qu’il a été élevé sur l’emplacement d’un antique stupa, lui-même supplanté par un prang de style angkorien. Ce qui est sûr, comme Noon nous l’explique tandis que nous déambulons autour du monument, c’est qu’il est extrêmement révéré : les Thaïlandais, viennent de loin pour faire une offrande ou prier ici, dans cette ambiance bon enfant qui caractérise leur dévotion débonnaire.

Le temps a passé trop vite… Nous devons déjà nous quitter, car si petit Mingalou n’a pas classe demain, ce n’est pas le cas de Vivat qui doit retourner à l’internat de l’école de la magistrature, dont il ne peut sortir que le dimanche… Nous nous séparons avec l’espoir de la découverte que nous ferons ensemble l’an prochain. Et autant vous le dire, Vivat, Noon et Mingalou, votre amitié vaut bien plus qu’un peu de mirabelle !

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Envers vert

Au sud de Bangkok, sur la rive droite du Chao Praya, presque en face du quartier des affaires, un village résiste encore à la pression immobilière. Bang Krachao est en fait un peu plus qu’un village. Nichée dans un méandre du fleuve, c’est en réalité une île, puisque un canal la sépare artificiellement du continent. C’est surtout ce qu’il est convenu d’appeler le  « poumon vert de Bangkok  ». 

Y aller est une modeste aventure. Il faut d’abord se rendre dans un temple qui cache un embarcadère d’où un long tail un peu instable vous fait franchir le fleuve que remontent lentement des convois de barges chargées de marchandises. Sur l’autre berge, c’est un monde presque sauvage qui s’étend, que l’on peut visiter à pied ou a vélo. Presque sauvage, car au milieu des marécages sillonnés par de bonnes routes se cachent de nombreuses maisons. Si certaines sont très modestes, d’autres semblent être des villégiatures cossues, peut-être les résidences secondaires de Bangkokiens aisés natifs de l’île qui, ayant réussis dans la vie, ont transformé la maison de famille en demeure luxueuse. 

La terre est à fleur d’eau. Un grand parc botanique nous en apprend les secrets : un palmier, le nipa, en est le premier hôte, avant qu’une cohorte de végétaux de plus en plus continentaux ne s’installe avec les animaux qui vont avec. Tel cet énorme varan qui a placidement traversé la route à quelques pas devant nous…

Une résille de passerelles en béton permet de parcourir ce monde étrange. Un mètre au dessus du sol, elles sont juste assez larges pour que deux personnes se croisent, ce qui n’empêche pas d’y rencontrer des scooters. En se promenant dans une ombre bienfaisante, on se rend compte que les terrains, bien que gorgés d’eau, sont cultivés. Des levées de terre larges de 2 ou 3 pas, séparées par des drains, permettent de faire pousser d’innombrables légumes hors d’eau, selon la technique des billons que je n’avais jusqu’alors vu qu’en fouille en Martinique. 

De passerelle en passerelle, nous croisons un Ganesh géant qui semble veiller sur Bang Krachao, puis, alors que sur la route que nous suivons la circulation devient plus dense, nous atteignons Bang Nam Phueng, village réputé pour son marché flottant. Qui n’est en fait pas flottant du tout. Il n’empêche, les étals bigarrés alignés de part et d’autre d’un khlong ont ce côté dépaysant qui attire les habitants de la métropole toute proche. Toutes les marchandises s’y côtoient, sans logique apparente. On passe d’un stand de sauccises où un chien tente sans succès de maîtriser la télékinésie, à un vendeur d’orchidées, d’un marchand de bouddhaseries à des calamars séchés, d’une vendeuse de colifichets à des tee-shirts, d’une quincaillerie à du chao kuai, pour le plus grand bonheur de Jean-Pierre… Et comme toujours, une foule de gens se presse dans l’étroit passage entre les boutiques, essentiellement des Thaïlandais, même si nous ne somme pas les seuls occidentaux. L’endroit n’est pas encore assez connu pour être envahi pas les farangs ou pire, les hordes chinoises qui semblent faire l’unanimité contre elles partout où nous sommes passés ! 

Nous quittons le marché en suivant les passerelles qui nous ramènent au bord du Chao Praya. Nous sommes un peu perdus en arrivant sur le ponton, ne sachant trop quoi faire. Une vieille dame qui parle un peu anglais nous fait comprendre qu’il suffit d’attendre, que le bateau pour traverser ne va pas tarder. Comme d’habitude, elle est ravie quand nous lui répondons dans notre thai rudimentaire, et moitié en anglais, moitié en thai mêlé de lao (c’est quand même la langue qui me vient en premier !), nous patientons jusqu’à l’arrivée d’un long tail. En quelques minutes, nous rejoignons la civilisation et les embouteillages de Krung Thep, qui, ainsi que le roi Rama IX l’a voulu quelques temps avant sa mort, n’atteindront jamais Bang Krachao. 

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Seul au monde (ou presque) 

Pour être parfaitement honnête, il n’y a pas grand-chose à faire à Koh Lipe, sinon se mettre les doigts de pieds en éventail, courageusement allongé sur le sable à regarder changer la couleur de la mer au gré de la course du soleil. Vous nous connaissez, ce n’est pas trop notre style. 

Si l’île est vraiment minuscule, on peut s’y promener un peu. Pour aller, par exemple, voir si le turquoise de Sunrise Beach n’est pas un peu plus sombre que celui de Ao Pattaya, et s’il ne tirerait pas un tout petit peu plus sur le vert à Sunset Beach. Vu qu’il n’y a qu’une seule route pour le double de rues dans le « centre ville », ainsi que Jean-Pierre l’a dit, difficile de se perdre… La seule vraie difficulté est de savoir quel resort permet de rejoindre la route. C’est dire !

Dès que l’on s’éloigne du conglomérat de restaurants, guesthouses, salons de massage et autres officines de plongée, la nature reprend ses droits. La route, en fait une piste bétonnée, serpente au milieu d’une forêt basse, traverse un hameau de Chao Leh dont la torpeur tranche la presque agitation de Walking Street, avant que le béton cède la place à une simple bande de sable blond raviné par les pluies. La forêt se fait plus dense. Des trouées s’ouvrent de-ci de-là sur la mer des Andaman, laissant deviner plus que voir Koh Adang et Koh Rawi à quelques encablures au nord. Bientôt, le chemin encore assez large se réduit à une sente étroite. Sans machette pour faire un peu de ménage, il semble impossible d’aller plus loin. Les frondaisons frémissent dans la brise. Des chants d’oiseaux résonnent autour de moi. Je suis réellement à l’autre bout du monde. 

Plus tard, après avoir rejoint la civilisation, nous laissons passer la chaleur avant de nous aventurer vers l’extrémité méridionale de Sunrise Beach. Là, entre les boules de granit et l’îlot de Koh Usen, les coraux forment de gros tubercules que la marée découvre à l’étiage. Dans ces eaux peu profondes, un masque et un tuba suffisent pour observer la vie d’un petit récif. Poissons multicolores, spirographes écarlates ou vermillon, bénitiers d’un bleu profond, tout est beau. Je comprend les cris de bonheur des enfants qui découvrent le vrai monde de Némo. J’ai sûrement poussé les mêmes sur le grand récif de Tuléar, à Madagascar. C’était il y a près de cinquante ans et pourtant, je me souviens de tout… 

Bonus musical : Émilie Loizeau – L’autre bout du monde